mardi 8 décembre 2015

Plages à l'horizon - Km 6269 à 7452

Après une journée de congé passée à écrire le blogue et à visiter, nous nous sommes couchés assez tard, vers une heure du matin. Le cadran a semblé sonné trop tôt, nous nous levons un peu maganés et fatigués hihi. On dit au revoir à Régina et on va faire l’épicerie avant de quitter la magnifique Nouvelle-Orléans. Nous empruntons la route 90, assez tranquille, qui se dirige vers le nord-est et qui nous mènera à travers plusieurs bayous. Nous devons traverser quelques ponts qui sont plutôt étroits. Regardez la photo où Ariane est sur le pont. Les voitures se tassent un peu et ne ralentissent presque pas. Mais pourquoi elle ne roule pas sur l'accotement ? Eh bien, vous voyez cette petite tache bleue un peu plus loin ? On ne voit pas très bien ce que c'est, mais en vélo on en veut pas prendre la chance de rouler par-dessus. On ne se souvient pas c'était quoi, probablement un morceau de pare-choc de voiture ou autre. Bref, on ne sait jamais ce que cela peut être. Et donc, les ponts sont les portions de route les moins agréables à traverser et souvent les plus dangereuses. En plus, il n'y avait pas beaucoup de traffic sur cette route... Heureusement ! Nous avons une superbe vue sur le lac Borgne (nous ne sommes pas encore dans le golfe du Mexique) et les maisons sur pilotis. Elles ont toutes été reconstruites après l’ouragan Katrina qui les a dévastées en 2005. Certaines maisons sont vraiment hautes, d’autres un peu moins. Les autos sont stationnées en dessous des maisons. Cela doit coûter assez cher d’assurances vivre-là…




Nous avons aussi un énorme vent de face qui nous ralenti terriblement. Les vents doivent varier entre 25 et 45 km/h avec des rafales encore plus rapides, dépassant les 50 km/h. Nous pédalons pendant 5h et nous ne faisons que 66 km, mais assez pour traverser au Mississippi, notre 10e état ! Nous dormons à Pearlington, une très petite ville. Nous trouvons un petit bout de terrain derrière la caserne de pompiers. Ce ne sera pas trop long nous endormir…


La journée suivante ne nous donne pas de répit, le vent est toujours aussi féroce. Il fait soleil, mais le vent rafraichit l’air, on est bien. Il faut bien trouver un point positif à ce vent… Nous sommes fatigués de la journée d’hier, et on doit encore pédaler fort pour avancer à contre-vent (ça se dit?) et lentement, entre 5 et 10 km/h… Nous pédalerons encore une fois pendant 5h, mais nous n’irons cette fois pas plus loin que 55 km, à Long Beach au Mississippi. La vue va changer du tout au tout. Nous longerons le Golfe du Mexique. Les vélos peuvent rouler sur le trottoir qui borde l’eau et ses plages de sable blanc. C’est vraiment de toute beauté. Il fera quand même frais, avec le vent et près de l’eau. Il y a beaucoup d’oiseaux, mais nous repérons plus facilement les pélicans gris. Ils sont plus facilement reconnaissables surtout à cause de leur cou et de leur bec. Nous les voyons tourner dans les airs et puis, tout d’un coup, plonger dans l'eau pour happer un poisson. Nous allons aussi toucher à l’eau et... Brrr ! Elle est presque froide ! 


Aujourd’hui, c’est le 23 novembre, jour de l’Action de Grâce américaine. C’est un jour férié très important ici, la plupart des écoles sont fermées pour la semaine ou à partir du mercredi jusqu’au lundi suivant (nous sommes jeudi). On se fait inviter par un couple, qui est sur la plage, à souper avec eux pour la «Thanksgiving». Comme il n’est que 14h, nous les remercions et mais décidons de continuer à pédaler, car nous n’avons parcouru que 35 km jusqu’à date… On arrête notre chemin à une espèce de salle paroissale ouverte, avec des tables à pique-nique et des toilettes. On va se gâter une bouteille de vin à 6$, qui sera très bonne. Comme quoi il ne faut pas toujours se fier au prix pour le goût ;) (par contre c'était un vin à 6% d'alcool...).

On se lève tôt puisqu’il annonce encore des gros vents pour la journée. Vers 7h15 nous sommes prêts à partir, mais on remarque un officier de police qui marche vers nous… Il nous souhaite un «Good morning!» et nous explique, gentiment et en souriant, qu’il a reçu un appel d’une vieille dame qui disait ne pas se sentir en sécurité pour se rendre à son véhicule, puisqu’il y avait des gens, ou plutôt des étrangers, qui se trouvaient dans la salle paroissale et qui déjeunaient. Il nous dit tout cela et qu'il devait venir voir ce qui se passait, mais nous souhaite une bonne journée et nous laisse partir. La journée sera identique aux deux autres, c’est-à-dire un paysage de bord de mer magnifique et un vent de débile qui nous barre la route. Nous traversons deux ponts de quelques miles de long avec une voie cyclable. Après 75 km, nous trouvons refuge derrière une école primaire abandonnée à Orange Groove, à environ 6 km avant la frontière de l’Alabama. C’est assez lugubre, toutes ces classes avec les pupitres et les chaises renversées, la végétation qui prend le dessus sur les bancs extérieurs, les lumières éclatées, les fenêtres placardées avec des panneaux de bois, les graffitis un peu partout… On sera aussi juste à côté (bon, pas tout à fait à côté, mais trop près) du train. François va passer une très mauvaise nuit, car le train va klaxonner très souvent… mais Ariane ne va se rendre compte de rien ! Il va aussi entendre plusieurs coups de feu vers 3h du matin. Cela n'a pas eu l'air de déranger qui que se soit, autre que nous, puisque cela va continuer jusqu'à ce qu'on se lève. 

Le matin du 28 novembre (Ariane fête ses 25 ans ½), on traverse en Alabama, notre 11e état ! C’est festif, à partir de là, il n’y a aucun accotement, yé ! Nous suivons la route la plus près de la côte et nous arrêtons à un kiosque près de la route qui indique «Fruits frais». On se choisit une tomate, un poivron, des patates douces, des kumquats (petites clémentines qu’on mange avec la pelure) et… des satsumas ? Eh bien ce sont des clémentines ! Elles sont délicieuses, car elles sont fraîches cueillies ! Dire qu’au Québec, nos clémentines viennent du Maroc… et il y en a ici, en Alabama. Bref, le tout nous a coûté 3,30$ ! 



Après nous être fait pourchasser par des chiens pas attachés (très dangereux pour des gens en vélo), nous traversons un pont de 5 miles de long, soit 8 km, pour pédaler sur Dauphin Island. Cette île est comme un barrage pour le continent, car il empêche les tempêtes et les ouragans d'atteindre le rivage. Il y a également beaucoup, mais beaucoup de plateforme de rétention pour collecter l'huile (je ne savais pas comment vous expliquer ce que c'était). On peut facilement en compter une vingtaine si on fait un tour complet sur nous-même. Les plateforme sont censées se trouver au minimum à 50 km de la côte, mais elles sont clairement plus près que cela. L’île à été conquise de nombreuses fois par plusieurs colonies : française, anglaise, espagnole, anglaise encore puis américaine. Il y a un nombre incalculable d’oiseaux qui migrent ici et les plages sont à couper le souffle. Oui, une plage, c’est du sable. Mais avec les dunes, le golfe, les oiseaux, les palmiers, les arbres et tout… C'est un paysage magnifique après avoir pédalé entre deux rangées d'arbres, les bayous et les forêts de la Louisiane, on a presque un choc. Nous irons prendre une douche au seul camping de l’île pour la modique somme de 5$, et 2$ pour un lavage et séchage. En attendant le traversier de 15h, nous avons le temps de tout faire cela. Après toutes ces couches de crème solaire, même avec un lavage aux lingettes humides, une douche chaude, ça décrasse. On se rend ensuite au traversier, où nous rencontrons une famille en vacances et dont le père, Louis, va vraiment tripper sur notre voyage. Il nous prend en photos, nous pose mille et une questions et on voit qu’il capote là, il a du fun. Finalement, il va nous raccompagner jusqu’à la maison que lui et sa famille louent pour la durée de leurs vacances qui se trouve à Fort Morgan. Ce sont des cyclistes, alors il a évidemment son vélo avec lui. Ils ont passé la journée à faire du vélo autour de l'île. Et Louis, a’est une bombe sur deux roues. François va ouvrir le vent (eh oui, il vente toujours haha !) et Louis va fermer la marche. Après quelques kilomètres à peine, celui-ci va demander à François s’il peut essayer le monstre (il parle ici du vélo très chargé de François) « Frank, do you mind if I try the monster ? ». Presque de la même taille, ils vont échanger de vélo. Louis va ouvrir la marche et augmenter la cadence de 16 km/h à 26 km/h. Ariane a peine à suivre, c’est la fin de la journée, il est presque 17h donc elle a faim et Louis roule un train d’enfer. François va suivre en arrière, pas de problème il a le vélo de Louis qui n'a aucun bagage, en donnant quelques coups de pédales par-ci, par-là. En arrivant à la maison, 16 km plus tard, Louis va féliciter François, lui donner la main et lui dire qu’il est impressionné que nous ayons parcouru tous ces kilomètres depuis Seattle avec ce poids. Il dit qu’il essayait d’aller le plus vite possible et il ne pouvait pas aller plus vite (une chance !). Il nous lève son chapeau et nous invite à prendre une douche pendant qu’il va acheter à souper : de la pizza ! Famille peu conventionnelle, nous prendrons le thé avec des biscuits et du gâteau avant le souper (puisqu’il n’est pas encore arrivé). Nous jaserons de notre voyage avec les quatre filles de Louis et Ingrid. Nous aurons aussi l’occasion de discuter avec Hamil, le copain d’une des filles. Il est originaire du Bénin, a grandi en Suisse mais étudié en France et est présentement à l’université de Birmingham en Alabama. Il parle Français et nous lui apprennons que ce ne sont pas tous les Canadiens qui parlent les deux langues officielles, soit l’Anglais et le Français. Ce sera une soirée riche en découvertes qui se terminera par une très bonne nuit de sommeil, sur le tapis du salon. 




Le 29 novembre, il fait chaud et le soleil tape fort... C'est parce qu'on traverse en Floride ! C'est notre 12e et dernier état ! C'est, en quelque sorte, une étape importante que nous franchissons. Pour la première fois, nous nous cuisinerons un dîner sur le réchaud. Puisque nous n'avons pas mangé la dernière portion de notre tofu hier soir, nous devons le manger aujourd'hui. Le ventre plein, nous traversons encore un pont qui sera, cette fois, long  de 5km. Nous établissons notre campement à Gulf Breeze, une ville bien condensée sur un petit bout d'île. Nous montons la tente derrière une église, dans un espèce de sentier, à travers un jungle floridienne. Il fait super chaud, super humide et ce sera une des nuits les plus chaudes que nous aurons connues.


Au matin, il y a tellement de rosée qu'on dirait qu'il a plut durant la nuit. Nous pourrons rouler assez vite puisque nous aurons une moyenne de 17,1 km/h. En Floride, il y a une voie cyclable qui borde presque toutes les routes. C'est l'état le plus «bike friendly» dans lequel nous pédalons. Il y a aussi des lianes sur le bord des routes et elles sont glissantes... D'ailleurs, Ariane va rouler sur l'une d'entre elles et prendre une petite débarque. Elle va briser une de ses sacoches, mais rien de grave puisqu'elles sont encore imperméables. Pas de trou irréparable. Quelques égratignures sur l'épaule, le coude, le genou et les orteils (on roule en sandales, enfin !). Ce n'est qu'un petit rappel d'être prudents. Un peu plus loin, on voit la plage et la golfe du Mexique. La plage est d'un sable blanc, mais à perte de vue. Les villes que nous traversons sont ultra touristiques et comme c'est la saison morte (c'est l'hiver ici aussi), il n'y a pas un chat nul part. Parfait pour une petite baignade ! Et hop ! Les quelques pruneaux de plage qui se prélassent au soleil nous regardent avec un air ahurit et nous disent : « c'est bien trop froid, vous devez venir du nord pour trouver l'eau chaude ! ». Hahaha ! L'eau était chaude et tellement agréable à se baigner. Il y avait des belles vagues et on s'amusait à y plonger, sauter, nager... Wow, quel moment ! Cela faisait depuis le parc national de Zion, en Utah, que nous ne nous étions pas baignés !



Après 97 km, nous tentons à côté d'une roulotte à Santa Rosa. Le lendemain, c'est le 1er décembre :) Ce sera une très belle journée sur le bord de la plage et de l'eau. Arrivés à Panama City... c'est le bordel. Plus d'accotement, on roule en ville et il est 15h30. Il y a beaucoup de voitures qui roulent (trop) vite et nous, on veut juste traverser la ville et se chercher un endroit où camper. Non seulement on ne trouve rien, mais c'est une assez grosse ville. Partout il y a des maisons et ce serait trop bruyant, si près des routes. On demande à une église si on ne peut pas, par hasard, installer notre tente sur leur pelouse. Ils nous répondent que non, car la police vient souvent faire un tour près des églises pour chasser les sans-abris qui dorment sur le perron. Super... Il est presque 17h, il commence à faire noir et si on décide de continuer, on doit traverser un pont pas très sécuritaire. On le fait pareil, car si on ne le traverse pas, on est coincé dans cette endroit. De l'autre côté du pont, nous avons une mauvaise surprise : c'est une base militaire aérienne. On ne peut pas dormir sur la base, sauf si nous sommes militaire et encore, américains. COOL ! On décide de pousser jusqu'à la fin de la base. Mais il fait noir, très noir. L'accotement est correct, et la base semble interminable. On sait qu'on y est encore, puisqu'il y a des clôtures partout et des pancartes «Warning» et «No Trespassing» sur la pelouse bien tondue. Affamés, on s'arrête manger une barre énergisante et on repart. Finalement, après 109 km et 7h de vélo, on parvient à Mexico Beach. C'est une ville de retraités, cela veut dire : on ne campe pas n'importe où à la vue. Et même si on trouve un endroit caché, on ne doit pas voir nos lumières de frontales. Cela fait beaucoup de restrictions lorsqu'arrive le temps de chercher une place qui n'a pas de fourmis rouges, dites «fire ant», pas de cactus au sol (bien qu'ils soient rendus rare par ici), pas d'excréments d'animaux (on apprend de nos erreurs) et un sol relativement plat (on doit très mal sur un sol en pente). On décide de se faire à souper sur une table à pique-nique près de l'eau. Il y a une douche à aire ouverte pour les baigneurs qui veulent retirer le sel sur eux après s'être trempés dans le golfe. On prend une mini douche au su et à la vue de tous, mais il fait noir et personne n'est dehors (tant mieux hihi). Après la douche, le souper et la vaisselle, on se dirige à l'arrière de l'église que nous avions repéré plus tôt (les églises font des très bons endroits pour dormir !). On allume seulement nos lumières rouges, moins visibles et on monte la tente en deux temps trois mouvements.

Notre nuit sera tout simplement é-pou-van-ta-ble. Clairement la plus chaude de toutes, haut la main. La chaleur en était écoeurante, c'était humide et bruyant. La tente sera mouillée à cause de la rosée, mais il va aussi pleuvoir par intervalles pendant toute la journée. Au moins on sentira l'humidité tomber un peu. Vers 16h, le soleil va sortir et nous faire sécher un peu. Il est 1h plus tard car nous avons avancé l'heure. Après 100 km, on est à Carrabelle. On roule tranquillement sur la route et on entend quelqu'un nous saluer. On s'arrête pour placoter un peu et demander à la madame où on pourrait se tenter. Finalement, on lui demande si on ne peut pas installer notre tente sur son terrain, se serait moins compliqué... Elle nous demande de patienter pendant qu'elle va demander à son mari s'il n'y pas voit d'inconvénient. Elle revient et nous propose de dormir à l'intérieur. Ils louent le rez-de-chaussé en saison haute, mais comme nous sommes un mercredi de décembre, c'est libre. Nous pourrons donc faire sécher la tente sur le balcon, faire un lavage, prendre une douche et dormir dans un lit !

Nous croiserons Mark, le mari, le lendemain matin tout juste avant de partir. Il se trouve qu'il a déjà fait des voyages de vélo et il était bien content de pouvoir nous dépanner pour une nuit. Il se souvient très bien comment les gens avaient été aimables à son endroit lorsqu'il a fait le tour de la Nouvelle-Écosse et comme nous sommes du Canada... Il a voulu nous offrir ce petit luxe.
Nous fêtons notre 7000e km ce jour-là, youpi ! Après 5h40 de vélo, on trouve difficilement une place sèche pour se tenter. Nous avons quitté le bord de l'eau et nous sommes entourés d'arbres et tout semble inondé. On se fait même mettre en garde contre les ours... Les ours ? En Floride ? Ça hiberne pas un ours ? Eh bien, pas en Floride. C'est moins actif durant l'hiver, mais nous devons tout de même faire attention pour ne pas laisser de la nourriture autour de la tente, par exemple (évidemment hihi).



On emprunte une «route» qui semble aller loin dans la forêt et on tombe sur un endroit parfait ! Après cette journée de 91 km qui sera assez froide (le mercure n'a pas dépassé 15 °C), nous prenons un thé avant de nous coucher. On dort beaucoup mieux à cette température !

Le vendredi 4 décembre, on parcourt 103 km, malgré un manque de motivation. Cela nous arrive de temps à autre... Plus on arrive vers la fin, plus on a hâte de terminer j'imagine. Bref, nous arrêterons faire l'épicerie et nous aurons un superbe vent de dos en repartant ! On en profite et finalement, nous dormons à l'arrière d'un stade de baseball. Il y en a tellement des stades de baseball aux États-Unis, mais celui-ci est particulier. Il est entièrement clôturé. On trouve une porte ouverte, on entre et on se tente à l'arrière, à l'abri.
Par contre, au matin, c'est samedi. Il n'y a pas d'école (le stade de baseball est sur le terrain d'une école secondaire). Parfait, on peut se lever à l'heure qu'on veut et ne pas se presser. Mais lorsqu'on arrive pour sortir... la porte de la clôture est barrée. Et elle est haute. Heuuuu... On fait quoi, là ? On est pas censé être là. Il est 7h30 un samedi matin. On rit un peut jaune, et on change de direction pour essayer de trouver un endroit sans clôture. Par une énorme chance, une porte est ouverte (!!!!). On se dépêche de traverser la grille, de peur qu'on ne puisse plus sortir (on ne sait jamais avec les américains, peut-être qu'elle est téléguidée à distance). On arrête près d'une fast-food (près, pas dedans. On veut juste utiliser leur Internet gratuit, pas manger leur nourriture) et on regarde le chemin. Passe-t-on par la côte est, ouest ou par les terres au centre de la Floride ? C'est plus long par la côte est et c'est très touristique et habité, donc difficile de se camper gratuitement. Et la ville en vélo... bof. La côte ouest est moins touristique, mais habitée elle-aussi et nous devons passer à travers la ville de Tampa. Finalement, on décide de couper ça court et de passer par les terres. 

On va arrêter acheter un peu de nourriture et un monsieur va nous dire : « Be careful». Beaucoup de gens nous disent cela et «Safe travel». Mais cette journée-là, ça nous tentait pas de placoter. Alors François lui répond : «Be careful of what ?». Et là réponse va nous déranger. Oui, en traversant les États-Unis on a rencontré une tonne de gens très différents les uns des autres. Nous avions des stéréotypes et des préjugés sur les américains. Individuellement, ils ont été vraiment gentils et prévenant. Mais la réponse de ce monsieur va nous amener à voir ce pays avec un oeil d'ensemble. Il va nous répondre : «Be careful of mean people». Dans le sud des États-Unis, c'est plus fréquent de voir des maisons avec un, deux ou trois chiens de garde qui jappent après tout ce qui passe. Leur terrain est clôturé avec un cadenas à clé et ils ont un système d'alarme. Ils n'embarquent pas de gens sur le pouce, de peur qu'ils aient une arme à feu et qu'ils se fassent attaquer. Ils semblent avoir peur d'eux-même. Au Québec... nous ne pensons pas de cette façon. Cela nous a déplu qu'il nous dise cela. C'est écrit dans le front des gens qu'ils sont méchants ? C'est quoi une personne méchante ? On est en vélo, on dort dans une tente un peu n'importe où et personne ne nous a jamais dérangé ! Bref, on va quitter l'épicerie et on aura un bon moment de réflexion sur notre vélo à ce propos. Mais tout cela, ce n'est que notre opinion. 

On se rendra un peu plus loin à un dépanneur pour s'acheter un breuvage froid, il fait vraiment chaud. Le propriétaire du dépanneur, un immigrant du Bangladesh, sera tellement impressionné par notre voyage qu'il va venir s'asseoir avec nous pendant qu'on dîne. Il nous posera un tas de questions sur notre voyage, notre budget, comment on dort, comment on mange, comment on trouve les États-Unis, etc. Il va aussi nous parler de son pays, des différences avec ici. Ce sera une conversation d'environ 45 minutes qui nous plaira beaucoup. Tout à fait différente avec celle du monsieur à l'épicerie et combien plu agréable. Avant de quitter, il va nous donner un sac plein de «dry food». Le sac sera plein de desserts, de chocolat et de gâteaux hahaha ! On ne mange pas vraiment sucré ces derniers temps, mais là, on va se gâter avant que tout cela ne fonde ;) Un peu plus loin, on arrête à un kiosque de fruits frais et on collationne des oranges dé-li-cieuses. On va aussi voir un verger d'orangers et un distributeur de «citrus».




Après avoir traversé la ville de Dade City, on ne trouve pas d'endroit où camper. Tout appartient à quelqu'un ici. Cela fait 97 km que nous roulons et on commence à avoir envie d'une pause. Encore ? Oui, le soleil est fort. On va rencontrer une famille qui est dehors en train de poser des lumières de Noël et on va leur demander si on ne peut pas monter la tente sur leur terrain. Diana va dire oui, elle nous amène à l'arrière, très contente de pouvoir nous aider. Nous qui voulions se tenter discrètement et ne pas déranger, les enfants viennent nous parler, nous posent des questions et Diana va nous inviter à nous laver et à venir cuisiner à l'intérieur. On va boire une bouteille de vin avec elle (il sera tellement bon, on va le prendre en photo pour essayer d'en retrouver. Il vient de la Californie) et nous passerons une très agréable soirée. Diana vient de Puerto Rico et parle Espagnol. Elle a apprit l'Anglais lorsqu'elle était au secondaire, alors elle comprend très bien que notre Anglais ne soit pas parfait. Elle nous invite à dormir à l'intérieur, mais comme la tente est déjà montée, on va dormir dehors.


Mauvaise décision. La nuit fut chaude et on va se faire réveiller par un coq ! Il y en a partout des coqs, par ici ! Diana ne veut pas qu'on quitte sans qu'elle nous ait préparé à déjeuner. On se lève et cela sent tellement bon le bacon... Miammm on va en manger avec des patates au fromage, des oeufs brouillés et des rôties à la confiture, avec du café un du jus d'orange. Un festin quoi ! On quitte cette belle famille à 9h15 et nous aurons une belle journée chaude avec un petit vent qui nous rafraîchit. Nous aurons une moyenne de 18,8 km/h, wow ! Nous arrêtons à Bowling Green (oui oui, Quille Verte haha) après 93 km. Nous fêtons aussi notre 100e journée de voyage ! Nous établirons le campement à côté d'une église après avoir reçu l'approbation du curé.

Nous serons réveillés par les chiens des environs qui feront un concert de jappement la majorité de la nuit -_- On va avoir de la misère à se lever ce matin-là. On se réveille à 8h et pour nous, c'est tard ! Et pour nous aider, nous aurons un vent de dos qui va nous pousser plus loin que prévu...jusqu'à Fort Myers ! Notre vitesse moyenne sera de 23,2 km/h et nous pédalerons 123 km en 5h. Nous allons dormir chez la tante d'Ariane. Ce sera des retrouvailles, parce que cela fera environ deux ans qu'elles ne se seront pas vues :) Nous prendrons une journée de repos pour faire du lavage, refaire nos sacoches et nous reposer. Nous allons également alléger nos sacoches et laisser du matériel superflu pour le restant du voyage. Comme, par exemple, la doudoune, du linge chaud, l'ordinateur et autre matériel que nous utilisons moins pour l'assaut final.

Demain, nous repartons pour terminer notre voyage d'un océan à l'autre, du pacifique à l'atlantique. Sauf qu'au lieu de nous rendre à Miami... nous avons décidé de nous rendre à Key West, le point le plus au sud des États-Unis. Il annonce très chaud et ensoleillé.


Malgré le manque de neige, ici les palmiers sont décorés de lumières de Noël et ils ajoutent des sapins artificiels avec des boules et l'ambiance des fêtes est assez étrange, avec les plages et les températures chaudes !

mardi 24 novembre 2015

Y'all doing good, folks ? - km 5460 à 6268

Lorsque nous étions à Austin, nous sommes restés toute la journée à nous reposer. François a aussi échangé nos pneus avant et arrière. Celui de derrière était pas mal plus usé que celui de devant à cause du poids plus important des sacoches d’en arrière. Le soir venu, nous sommes sortis manger des tacos en ville avec nos amis cyclistes de WarmShower. Austin est la ville des tacos, il s’en vend partout. Austin, c’est aussi la ville de la musique. Il y avait justement un spectacle à l’endroit où nous sommes allés manger et prendre une bière. Ce n’était pas un groupe de musique traditionnel : il y avait un accordéon, un banjo, une flûte traversière, un violon, un tuba et une clarinette. C’était de la musique très entraînante pour un souper texan !

Le matin du 14 novembre, nous sommes lents à partir. C’est vers 12h30 que nous prenons la route qui nous mènera jusqu’à Cedar Creek. Ce sera la première journée pluvieuse que nous aurons depuis deux semaines. Ariane va rouler sur un clou d’un pouce de long et donc faire sa troisième crevaison. Par chance, il ne pleuvait plus à ce moment là ! Nous nous installerons sous l’auvent d’une église, avec en prime une table à pique-nique. Nous venions à peine de nous asseoir et de commencer nos étirements qu’un monsieur se stationne en face de l’église et se dirige vers nous. C’est un samedi soir et nous sommes surpris qu’un homme d’église soit présent en ces lieux à cette heure. Nous ne voulons surtout pas déranger ou être à des endroits où nous ne sommes pas les bienvenus. Mais au contraire, le monsieur nous pose des questions sur notre périple et nous propose de nous installer à l’intérieur de la chapelle. Il y a un salon, des divans, une cuisine avec un four et un réfrigérateur. Et des douches :) C’est donc au chaud et au sec que nous passerons cette première nuit depuis Austin.


On se lève tôt, à 6h pour une journée qui ne sera pas la plus plaisante à pédaler, loin de là. L’accotement est très étroit et parfois, inexistant. Nous sommes sur une route assez achalandée et les voitures roulent vite. Elles nous frôlent et nous signalent que nous dérangeons. Pourtant, il n’y a pas des millions de choix de routes. Nous pouvons emprunter l’autoroute dite «Freeway» où la limite de vitesse est de 70 à 80 miles à l’heure (environ 110 à 120 km/h). C’est très bruyant, il y a beaucoup de traffic, mais aussi beaucoup (trop) de camions. Sinon, il y a les autoroutes dites «Highway» où la limite est plus basse, souvent de 55 à 65 miles à l’heure (environ 90 à 105 km/h). Il y a moins de circulation, mais il n’y a seulement qu’une ou deux voies. En dernier recours, nous pouvons emprunter les petites routes de campagne sans accotement et avec de nombreux détours, où il n’y a même pas de ligne jaune au milieu et où les camions de fermiers et les tracteurs roulent. Parfois, on a l’impression de déranger. Nous choisissons l’autoroute dite «highway» et nous passons un mauvais quart  d’heure, surtout vers la fin de l’après-midi lorsque les gens terminent de travailler. C’est inconfortable et on ne sait pas où se mettre. Une madame nous arrête et nous demande où nous allons dormir ce soir. Elle nous invite chez elle, à Bernham. C’est quand même 50 kilomètres plus loin et il est 16h. Mais d’ici là, il n’y a pas grand chose. On décide donc de pousser un peu et d’y aller, surtout qu’elle dit faire du tandem avec son mari et elle a l’air très gentille. On échange nos numéros de téléphone et nous repartons. Tout d’un coup, les voitures ne nous frôlent plus et on peut aller plus vite. On se rend bien vite compte qu’en fait, la madame nous suit avec son auto, obligeant les autres véhicules à la dépasser. Elle nous suivra ainsi jusqu’à ce qu’il y ait un accotement décent ! Nous arrivons chez elle un peu après 19h. Nous serons traités comme des rois. Nous apprenons que Lucy fait souvent cela, lorsqu’elle croise des cyclistes elle les invite chez elle. Tout en buvant une bière de microbrasserie du Texas, elle nous cuisine de l’agneau avec une patate douce bouillie. C’est délicieux. Ensuite nous irons dans «nos appartements». Nous avons une chambre avec une salle de bain privée dans laquelle se trouvent la douche…et le jaccuzzi ! Nous dormirons dans un vrai lit, le premier depuis Salt Lake City.


Il nous sera difficile de quitter ce confort, mais après un copieux déjeuner, on repart. La journée sera très humide et chaude. Nous prendrons plusieurs pauses et même après 5h de vélo, nous n’aurons parcouru que 66 km. Lors de cette journée, François va faire sa deuxième crevaison et 5 km plus loin, la chambre à air du pneu arrière d’Ariane va éclater. Il y a beaucoup de construction et probablement beaucoup de cochonneries et de matériaux pointus qui ont percé nos pneus et nos chambres à air. Toujours est-il que nous dormirons sous l’auvent d’une école primaire, à Stoneham. Il commençait à faire noir et la village n’avais pas de parc. Ce sera la nuit la plus chaude, nous dormirons sur nos sacs de couchage avec les portes des vestibules ouvertes. Nous ne dormirons pas très bien, entre autres à cause de la chaleur étouffante, l’humidité, les lumières de l’école, le bruit de la pluie et le tonnerre et les éclairs. Une véritable tempête a pris naissance cette nuit là. 


Au matin, on se lève à 6h et on ramasse nos affaires assez rapidement. L’école primaire commence tôt et nous sommes lundi. Lorsque nous sommes prêts à partir, la pluie s’abat. Il pleut tellement fort, il y a tellement d’éclairs qu’on dirait presqu’il fait jour. Nous attendrons 10 minutes, puis nous décidons de partir pareil, à 7h. On se dit qu’au moins il fait chaud et que l’humidité va tomber. Eh bien après environ 2h de vélo, le vent, qui était assez fort et de côté, change de direction pour devenir face à nous et la température chute de 10 degrés en quelques secondes. Et là, nous serons mouillés et frigorifiés. Nous prenons beaucoup de pauses pour nous réchauffer, nous sécher et nous motiver à continuer malgré les intempéries. Nous arrêtons lorsque nous trouvons un abri très grand dans un parc à Cut & Shoot (c’est le nom de la ville…). Nous ne sommes pas censés dormir dans ce parc, mais nous allons demander à la mairie et ils feront une exception pour nous. Notre matériel ne sera pas sec, car il fait froid.

Le 18 novembre, on quitte Cut & Shoot (trop comique comme nom de ville) après une nuit merdique. Notre sommeil a été troublé, car nous n’étions pas très à l’aise de dormir là. Les environs n’étaient pas très attirants, la route était juste à côté du parc, il y avait beaucoup de camions et il y avait le train…Les traits tirés, on pédale sur la 105 où la limite est de 70 mph. C’est assez achalandé et François va faire deux crevaisons l’une après l’autre. C’est 4-4. Nous verrons deux grands hérons et un cygne (on pense que c’en était un). Après la pluie phénoménale du jour d’avant, les fossés et les champs sont inondés. Nous ne pourrons pas camper n’importe où, on ne veut pas dormir dans un lac. Nous monterons le campement à côté d’un terrain de baseball abandonné. Il y avait plusieurs petits villages sans parcs ni endroits attirants pour dormir le long de notre route. Ce ne sera pas une journée magnifique dont nous nous souviendrons.


On quitte Batson jeudi matin le 19 novembre à 8h30. Notre départ sera retardé car le pneu avant de François sera dégonflé. On ne trouvera pas d'où l’air fuit, on va donc seulement repomper le pneu et partir comme ça. On arrive à Beaumont, dernière grosse ville dans l’est du Texas, vers 13h. Nous voulons faire l’épicerie et ensuite prendre une douche. Nous sommes sales depuis notre jaccuzzi de Bernham, quatre jours plus tôt. Personne ne sait où il y a des douches publiques, il n’y a pas de piscine d’ouverte à ce temps-ci de l’année… En dernier recours, on va dans un gym fitness et on se fait revirer de bord… Mais à la minute même où nous enfourchons nos vélos, la madame sort et nous dit : « ah mais, si vous voyagez à vélo et c’est juste pour une fois, vous être les bienvenus !». MERCI !

Bien propres, on va se diriger encore et toujours vers l’est. Quelle ne fût pas notre surprise lorsque nous constatons que la route sur laquelle nous sommes en rejoint une autre pour former une autoroute à quatre voies, la I-10…et que le pont qui traverse la rivière Niches n’a aucun accotement ! C’est terriblement dangereux, c’est clair qu’on se fait frapper, en plus que le milieu du pont est surélevé, les automobilistes ne nous verraient qu’à la dernière seconde et…NON.

On fait demi-tour et on décide de faire de l’auto-stop pour traverser le pont. Cela n’a pris que deux ou trois minutes avant qu’un camion ne s’arrête et nous embarque. Cela lui fait plaisir, il sait à quel point ce pont n’est pas agréable à traverser, même en voiture. Il trouvait ça drôle que deux voyageurs à vélo soient sur son chemin, ici à la bordure du Texas et de la Louisiane. Il nous débarque de l’autre côté de la rivière et nous nous rendons jusqu’à Cedar Rose. On voit un RV Park et on s’y dirige pour demander de l’eau. Si jamais on trouve une place pas pire au milieu de nulle part, on veut pouvoir cuisiner. Finalement, après avoir deviné ce qu’il nous disait, le propriétaire est tellement impressionné par notre voyage qu’il nous offre de dormir dans une de ses roulottes ! L’accent du sud peut parfois être ardu à comprendre pour nous, francophones. Nous pouvons cuisiner sur le four, prendre notre douche à l’eau chaude et dormir à l’abri des moustiques. C’est que dans ce coin-là, c’est humide avec la pluie qu’il y a eu et nous avons croisé un ou deux bayous sur le chemin après Beaumont. Un bayou veut dire «sinuosité», c’est un bras secondaire d’un cours d’eau dans un méandre abandonné. C’est un cours d’eau très lent et souvent, les arbres poussent en plein milieu. On retrouve des bayous en Louisiane et dans les environs du Mississippi.


Nous quittons Cedar Rose à 8h, après que notre hôte Clint nous ait pris en photo (il était vraiment très impressionné!). Cette journée fût spéciale pour deux choses : nous atteignons 6000 km et nous traversons en Louisiane, notre 9e état !  L'oiseau emblématique de la Louisiane est le pélican. Nous n'en verrons malheureusement pas, car ils ont migré une semaine avant notre arrivée. Nous verrons par contre plusieurs de ces oiseaux blancs, dont nous ne connaissons même pas le nom ! L’accotement n’est pas super et l’asphalte est assez maganée. Après 6h de vélo, nous montons la tente dans un stade de baseball à Ragley, Louisiane. Notre souper sera délicieux, un riz au curry. Voici un aperçu des ingrédients pour notre souper. Comme quoi, même à vélo on peut se concocter des soupers raffinés !

- riz
- lentilles (pour les protéines)
- saucisses tranchées et rôties
- carottes
- oignons
- poivrons
- champignons
- petits morceaux de bacon séché
- tomates séchées
- fromage
- lait (en poudre)
- curry
- plusieurs autres épices

C’était vraiment très bon. Nous mangeons souvent du riz ou des pâtes, mais nous varions aussi avec du pâté chinois (parfois modifié), des nouilles grecques, des burritos, etc. Nous arrêtons dans une épicerie à chaque deux jours environ pour avoir des légumes frais et ne pas avoir à trainer des boîtes de conserve pendant trois jours, c’est un poids inutile.




Faire à souper, c’est un plaisir du soir. On arrive au campement que nous avons choisi, on monte la tente ou on s’étire en premier, dépendant où nous sommes. Ensuite on souffle nos matelas, on sort le sac de couchage et nos trucs pour le soir (vêtements, sac cosmétiques, etc). On se change et puis on fait à souper. C’est réconfortant de bien manger, cela nous donne de l’énergie et nous motive à continuer la route. Au début du voyage, il y avait toujours quelque chose de nouveau à voir, à visiter. Il y avait les nombreux parcs nationaux que nous voulions visiter, il faisait beau et chaud, nous pouvions nous tenter un peu n’importe où. Ici, avec les bayous, la pluie et l’humidité, on ne peut pas vraiment installer la tente sur un terrain vague, tout est détrempé. Il y a beaucoup plus de vie sauvage, d’animaux et d’insectes. Les paysages ne sont pas toujours beaux, c’est rapidement devenu la forêt. Depuis Austin, les arbres sont nombreux. Les pins sont très hauts et les magnolias sont massifs. On est peut-être fatigué aussi, nous ne prenons pas souvent de jours de vrai repos. On pédale tous les jours et c’est un peu routinier à la longue. On décampe, on pédale, on arrête acheter à manger, on se cherche un endroit pour dormir, notre sommeil est souvent perturbé. Enfin, il y a toujours quelque chose qui nous émerveille ou qui nous stimule, ou encore qui nous dérange.

En partant de Ragley, nous savions que nous allions devoir traverser un pont qui enjambe le fleuve Mississippi, juste avant la ville de Bâton-Rouge. Ce pont est encore plus dangereux que celui à Beaumont et il est plus long. Après 5h40 de vélo, nous arrêtons à Krotz Spring où un autre pont nous incite à faire de l’auto-stop. Il est 16h, c’est la semaine de l’Action de grâce américaine, les écoles sont fermées et beaucoup de gens sont en congé. Après presque vingt minutes, un monsieur s’arrête et nous embarque, direction Bâton-Rouge. Et nous sommes tellement contents d’avoir fait du pouce exactement à cet endroit, car la route longe des bayous pendant plusieurs kilomètres et les ponts sont étroits avec des gardes, sans accotements. Il aurait été impensable de rouler à vélo là-dessus, à cette heure et avec la noirceur qui approchait, cela aurait été suicidaire. Le monsieur ne veut pas nous laisser n’importe où à Bâton-Rouge, car il fait noir, la ville est immense et il n’est pas sécuritaire d’y circuler la nuit. un cycliste est décédé le soir d’avant, happé par un véhicule. Nous irons donc monter notre tente à côté du «fifth wheel» du monsieur (c’est sa maison, comme de nombreux autres américains dans le sud des États-Unis) à Dutchtown, un arrondissement de Prairieville. Nous avons fait un bond plus long que prévu, mais nous avons «sauvé» une journée avec ce transport. 


Nous passerons une très belle nuit, mais très froide. Il y aura du frimas sur la tente au matin. Nous quittons Dutchtown à 7h30 en direction de la Nouvelle-Orléans ! Il fait froid, nous sommes habillés chaudement et il vente. L’accotement est étroit et parfois, il y a tellement de trous et de bosses qu’il nous est impossible de rouler dessus. Nous sommes contraints de rouler dans la voie de droite… Par chance, il n’y a pas beaucoup de circulation. L’autoroute 61 (ou la Airline), nous demande de la concentration. Il faut rouler droit pour ne pas trop gêner les autos, dès que l’accotement est beau, il faut y aller et passer par-dessus la ligne de bosses (celle qui indique aux voitures qu’il sortent de leur voie). Bref, ce ne sera pas une journée de tout repos.


Aussi, en Louisiane, il y a de l'huile. Beaucoup d'huile. Il y a de nombreuses raffineries le long des rivières, nous en voyons plusieurs de loin à cause des flammes et de la fumée.  Comme nous serons en ville le soir-même, nous essayons de trouver un «Warmshower» qui nous accueillera. Nous devons arrêter souvent lorsque nous voyons des fast-food avec un Wi-Fi gratuit pour nous connecter et consulter nos messages ou en écrire d’autre. Il nous sera difficile de trouver une place pour la nuit. Par chance, nous trouvons quelqu’un chez qui nous irons passer les deux nuits suivantes. Mais pour se rendre au centre-ville de la Nouvelle-Orléans… Ayayaye ! La Airline n’a plus d’accotement, on se fait klaxonner, c’est l’heure du traffic, il est 17h. Nous tricotons dans les petites rues, il fait noir, il y a des voitures partout, des feux de circulation… Bref, nous sommes ralentis par tout. On commence à pester contre la Nouvelle-Orléans, ce n’est même pas une ville cyclable, c’est dangereux, bla bla bla… Et tout d’un coup, comme par magie, on voit une pancarte : «Bikes may use right lane». Hen ouin ?! Eh bien on la prend au complet, la voie de droite ! Super ! Les derniers kilomètres sont plus faciles et agréables. Nous parvenons chez Régina à 17h50. Nous discuterons toute la soirée de la Louisiane, de l’utilisation de la langue française dans l’état, du racisme et de ce qui est adevenu des esclaves d’il y a 200 ans, de l’ouragan Katrina et de ses conséquences, etc. 

Après une longue et excellente nuit, nous partons visiter le quartier français. Il nous est presque familier, un peu comme le Vieux-Québec, mais en Louisiane. La température sera un peu plus fraîche en soirée, mais pour la fin du mois de novembre, on pourra souper dehors ! Nous irons chez des amis à notre hôte, Régina, souper et boire quelques bières. Nous rencontrons quelqu'uns de ses amis, eux-aussi des cyclistes. Ils nous poseront des questions sur notre accent et notre voyage. Ce sont des gens dans la fin vingtaine qui nous poserons aussi des questions à propos du nouveau premier ministre au Canada et nous demanderons notre opinion à ce propos. Nous passerons une très agréable soirée :) Nous avons aussi goûté au Kumquat, petites sortes de clémentines, mais on les mange avec la pelure. Très bon !

Demain, nous repartons déjà en direction du Mississippi. Nous longerons le plus possible le bord du golfe du Mexique avec les recommandations de nos nouveaux amis. Nous n'avons peut-être pas visité tous les endroits «à voir» de la Nouvelle-Orléans, mais nous avons découvert un autre attrait...les locaux !



Le centre-ville de la Nouvelle-Orléans




Bourbon Street




Un bateau festif au port




Ariane dans la voie cyclable au centre-ville de la Nouvelle-Orléans



Un château au centre-ville... 






vendredi 13 novembre 2015

Tarentules et serpents à sonnette - Km 4560 à 5460

Enfin, nous avons atteint un de nos objectifs qui était de nous rendre à Austin, une ville incontournable pour deux voyageurs à vélo. Mais avant d'y parvenir, nous avons traversé l'ouest du Texas...


Tout d'abord, au Texas, c'est très venteux. Extrêmement. Toutes nos journées ont été influencées par ce facteur météo. En quittant Roswell le matin du 4 novembre, un terrible vent de côté nous fait pédaler croche et nous donne du fil à retordre. La température est parfaite, pas trop chaude ni trop froide. Nous roulons en chemise, car le vent rafraîchit l'air ambiant. Il fait autour de 21°C et le relief est très plat. En cours de route, on va s'arrêter pour prendre une pause. Et on a une de ces frayeurs ! François va voir à la dernière seconde un serpent dans les herbes hautes. Il a manqué proche de marcher dessus. On s'approche assez près pour le regarder. Il est de la même couleur que les plantes et les herbes, un camaïeu de verts et bruns. François a la brillante idée de l'attraper, mais Ariane n'aime pas trop les reptiles et n'a aucune envie de toucher à ça. Heureusement, car quelques secondes plus tard, le serpent remarque notre présence et se met à agiter la queue. Tellement vite qu'elle fait un bruit de sonnette...!!! Même si nous n'en avons encore jamais rencontré, on sait tous que serpent à sonnette égale danger. On s'écarte et la pause est finie. Ouff !! En fin de journée, on s'arrête à Caprock qui se résume à un restaurant, ouvert de 10h à 14h. Il est fermé lorsqu'on y arrive après 87 km. On réussit à conserver une moyenne de 15 km/h en 5:49 de vélo. Plus tard dans la soirée, on rencontre une femme qui nous recommande de faire attention aux serpents, il y en a beaucoup ces temps-ci. Son mari en a tué 5 hier. Elle nous dit aussi de ne pas se camper dans les herbes hautes et d'être prudents, surtout lorsque les températures sont élevées. Le venin de ces serpents est mortel et la douleur associée à une morsure est terrible. Rassurés (pas pantoute !), on la remercie de ses précieux conseils et on va se coucher en rêvant aux serpents. Tsssssssssss


Au matin, vers 6h, le propriétaire du restaurant est déjà arrivé et nous offre une brioche à la cannelle. Nous qui pensions nous lever tôt et partir avant que notre présence ne soit remarquée ! On placote un peu avec le monsieur qui a tôt fait de nous informer de la présence des serpents à ce temps-ci de l'année. Il nous raconte pleins d'histoires effrayantes de serpents venimeux avec son accent du sud. Il nous est difficile de tout comprendre... On a même eu droit à la queue séchée d'un serpent à sonnette de 3 pieds de long qu'il avait tué. La plupart des gens les tuent et conservent leur queue. À chacun son passe-temps ! 


On débute notre journée de vélo à 7h35 et cette journée marquera un nouveau record. On a un petit vent de côté pour la première heure de vélo, rien de bien dérangeant. On traverse la frontière du Texas, notre 8e état et on avance l'heure d'une heure. 


Vers 9h, un vent de 48 km/h (selon la météo locale) nous poussera dans le dos (oui oui, une vent DE DOS !!!) et nous fera parcourir 175 km à travers l'ouest du Texas. Cette partie de l'état est très plate et l'accotement est superbe : large et roulant. Nous atteignons des vitesses de 50 km/h sur du plat, sans vraiment forcer. On va vite, ce n'est pas difficile, la route n'est pas dangereuse... Quoi demander de mieux ! Au passage, nous remarquons des chevalets de pompage pour le pétrole. Nous pouvons en compter plus de 50 si on fait un 360° autour de nous. Il y en a vraiment partout, à perte de vue. Nous entrons aussi dans une zone appelée « la plus grande zone de culture de coton au monde ». À part ces espèces de tête de cheval qui pompent le pétrole du sous-sol texan, il n'y a que des champs de coton sur 160 km carrés. C'est très beau, nous sommes en plein dans la saison de la cueillette. Le coton est une plante plutôt petite et brune. Lorsque le coton est en fleur, tout le champ est blanc. Puisqu'il vente autant, il y a des boules de coton partout sur le bords des routes. Nous voyons aussi des balles de coton récolté. On prend des photos, on touche et c'est super doux. Nous n'arrêtons pas trop souvent, on veut profiter du vent le plus possible. Finalement, on va devoir arrêter de pédaler car il fait presque noir et nous ne voulons pas trouver de campement à la noirceur pour plusieurs raisons : on ne peut pas voir ce qui se trouve par terre. Par exemple, des serpents ou même des tarentules, des petits cactus ou autres indésirables (excréments frais). Nous monterons le campement dans une cour d'école à Welch, un très petit village. On se dit que dans une cour d'école, la pelouse est tondue et les serpents sont surement chassés avec assiduité.




On se réveille, pas trop fatigués. Bonne nouvelle :) Par contre, nous avons oublié d'avancer l'heure sur nos appareils électroniques, et donc nous partons une heure plus tard selon l'heure du Texas. Avant de quitter, nous rencontrons deux professeurs de l'école qui viendront nous poser des questions sur notre voyage. Ils ne sont pas du tout embêtés de nous trouver là et nous aurons même droit à deux tortillas aux oeufs avec de la salsa piquante pour déjeuner. On remarque ici l'influence de la cuisine mexicaine. Un peu plus tard dans la journée, nous cherchons à nous procurer du gaz pour remplir nos bouteilles. Après avoir fait plusieurs détours et visité quelques magasins, tout ce que nous trouvons est une bouteille de 4L. C'est trop gros et trop cher. Mais nous sommes vraiment à sec. Que fait-on? On est sur le bord de la porte pour entrer dans une quincaillerie et on hésite. Deux monsieurs sortent du magasin et nous abordent. Ils nous posent des questions, nous demandent ce qu'on fait et tout. À la fin de la courte conversation, un des monsieur nous donne 25$ en nous souhaitant « Good travel and be safe !». Eh bien...merci !!! On n'hésite plus, on entre dans le magasin pour acheter la grosse canne de gaz de 4L. Finalement, le propriétaire de la quincaillerie, généreux, décide de remplir nos bouteilles gratuitement...Wow ! Le Texas est généreux avec nous aujourd'hui ! On termine notre journée à Ackerly, petite ville 30 km avant Big Spring. C'était là que nous voulions nous rendre pour pouvoir prendre une douche, mais il ventait assez fort, un de ces vents de face qui réduit nos efforts à néant pour avancer plus vite. On va dormir à côté de la caserne de pompier, ou plutôt à l'intérieur, en faisant très attention pour ne pas marcher dans l'herbe haute.


On quitte Ackerly à 7h50 et il fait plutôt froid, nous sommes encore à près de 850 m d'altitude. La température change très rapidement. Dès que le soleil nous frappe de ses rayons, on doit s'arrêter et procéder à une thermorégulation (on enlève des couches de vêtements). Nous pédalons aussi notre 5000e km :) On dîne à côté d'une épicerie et bien vite, quelqu'un vient nous parler. On jase un peu et finalement, on se fait offrir de prendre une douche. Cycliste lui aussi, ce monsieur était impressionné par notre voyage et voulait même nous inviter à dormir. C'était la 5e journée que nous pédalions sans autre forme de lavage que des lingettes humides. Nous en profiterons pour laver nos bas, une paire de cuissard et quelques sous-vêtements à la main. Et on repart pour un long «stretch». Avant Sterling City, il n'y a rien d'autre que des ranchs. C'est un peu compliqué pour dormir, car tout appartient à quelqu'un. On prend une pause à une halte routière et on se demande quoi faire. Est-ce qu'on campe ici, à côté de la route où c'est très bruyant ou on continue ? Il fait presque noir et selon les calculs d'Ariane, nous ne sommes qu'à 17 km de Sterling City. On installe nos frontales, on allume toutes nos lumières, on met notre dossard et on part. Sauf que Ariane devait être fatiguée...car il manquait 10 km à ses calculs. On parvient en ville à 19h30 et il fait très noir. Une chance que le temps est doux, nous avons pédalé seulement en cuissard et polar. On va se tenter à côté de l'école secondaire, près d'une petite route et avec, en prime, une table à pique-nique. Nous aurons fait 117 km cette journée-là et nous aurons établi un nouveau record : nous avons pédalé pendant 7:45 !


Le matin du 8 novembre, nous dormons un peu plus longtemps que d'habitude. Nous avons une baisse de motivation. Le vent nous ralentit, le paysage n'est pas très attrayant, il n'y a pas beaucoup de villes, elles sont petites et souvent il n'y a rien à manger. Nous ne pouvons pas accoter nos vélos sur le bord de la route lorsqu'on prend des pauses, il n'y a rien. Pas de poteau, pas d'arbre. Les journées sont longues. On aura un manque de motivation pendant 3-4 jours. On pédale depuis 72 jours et c'est la première fois que cela nous arrive. Donc on part à 9h en direction de San Angelo, ville de près de 100 000 habitants. La journée sera difficile et venteuse. Nous terminons notre journée à 18h50 et nous dormirons en périphérie d'un stade de baseball.

Le lendemain matin, c'est la même chose, on a de la difficulté à se lever tôt. On est prêt à partir à 9h25 et nous ne ferons que 73 km jusqu'à Eden. La journée sera venteuse, ennuagée le matin et dégagée avec un soleil tapant en après-midi. Il fait de plus en plus chaud et nous suons beaucoup. Nous aurons une douche maison avec de l'eau chauffée dans nos casseroles sur le réchaud. Nous monterons le campement dans un parc, juste à côté de la piscine qui est malheureusement fermée pour «l'hiver».

Nous partons de cette petite ville à 9h et nous pédalons 50 km sans pause jusqu'à Brady. On se renseigne et nous prendrons notre douche gratuitement au parc de la ville. Nous pédalerons encore 30 autres kilomètres jusqu'à Voca où nous dormirons à côté de la caserne de pompier. Ce soir-là, nous aurons un festin pour souper. François nous a acheté des steaks, de la choucroute et du vin afin de nous motiver. Nous ne sommes plus qu'à 200 km d'Austin !

Au matin, les pompiers volontaires vont nous offrir du café, mais nous sommes prêts à partir et nous avons déjà pris notre café matinal. Nous prenons le large à 8h35 et la température est déjà chaude. Et elle le sera encore plus à mesure que la journée avancera. Le Texas n'est pas plat partout, on commence à voir des petites côtes et des arbres feuillus à côté des cactus. Le paysage est de plus en plus beau et verdoyant. Ce que nous avons également constaté au courant des derniers jours, ce sont les animaux morts. Il y en a tellement, c'en est écoeurant. L'odeur est tout simplement dégueulasse et nous attaque les narines, carrément. Même si nous ne voyons pas tous les animaux que nous sentons, il doit bien y en avoir une centaine par jour. Certains sont même étalés sur plusieurs longueurs de vélo. Ouach hen ? On essaie de de pas rouler dessus et de les éviter. Nous verrons beaucoup trop de chevreuils, mais aussi des chats, des chiens, des coyotes, des ratons, des serpents, des tortues et des tatous. Cet animal est l'emblème du Texas, en passant. Bref, ça pue. Quoi de mieux pour nous motiver à avancer plus vite ! Fuir l'odeur et les corps d'animaux morts. Nous ne savons pas pourquoi il y en a autant.

Au moins les vaches «longhorn Texas» sont bien vivantes !


Bref, on se rend jusqu'à Sandy Harbor où nous dormirons sur la pelouse d'une église dans laquelle il n'y avait personne (nous avons cogné). Nous prendrons notre douche avec le tuyau d'arrosage. L'eau est tiède et la nuit, trop chaude. Nous garderons les portes des deux vestibules ouvertes et nous ouvrirons nos sacs de couchage pour s'en servir comme des couvertes.

On quitte Sandy Harbor à 8h25 et la journée ne sera qu'une suite de montées et de descentes interminables. Avec un vent de face, c'est vrai. Un peu avant d'arriver en ville, nous croisons un cycliste qui habite le centre-ville d'Austin et il se fera un plaisir de nous guider à travers les nombreux choix de routes qui s'offrent à nous. Certaines sont très achalandées, d'autres n'ont pas d'accotement et d'autres ont des voies cyclables, mais le cycliste sait quelle route est la meilleure. Nous arrivons au centre-ville à 14h15, super ! Nous cassons la croûte avec une pizza et une bière locale, notre première du Texas.

Nous prenons une journée de congé, une vraie cette fois-ci, le vendredi 13 novembre. On va pouvoir laver nos vélos, faire l'épicerie, faire une brassée de lavage, consulter les cartes et choisir notre route qui nous mènera vers l'est. Peut-être aurons-nous la chance d'aller visiter la belle ville d'Austin, mais nous avons besoin de reposer nos jambes, notre corps et de revivifier notre mental. En théorie, il nous reste 2500 km jusqu'à la destination finale de notre voyage et nous sommes au jour 77.